La Coupe du monde 2002 reste le conte de fées du football sénégalais. Pour leur toute première participation, les Lions de la Teranga, guidés par un Bruno Metsu visionnaire, ont terrassé la France championne du monde (1-0, but de Papa Bouba Diop) avant de filer jusqu’aux quarts de finale, éliminés par la Turquie. Une génération dorée – El-Hadji Diouf, Khalilou Fadiga, Aliou Cissé – a écrit l’histoire. Mais derrière cette fresque héroïque, une absence continue de faire débat : celle de Mamadou Niang, qui n’avait alors que 22 ans.
Dans une récente interview accordée à Canal+ Sport, l’ancien attaquant de l’OM a rouvert ce dossier sensible :
« Mon plus grand regret ? C’est de ne pas avoir joué la Coupe du monde 2002. Je devais la faire ! »
L’histoire d’un rêve brisé
À l’époque, Niang est en pleine ascension. Prêté à Troyes après sa formation à Sedan, il brille en Ligue 2 avec 15 buts et découvre la sélection en amical contre la Bolivie. L’occasion paraît rêvée : le Sénégal, déjà qualifié depuis octobre 2001, cherche un véritable numéro 9.
Le destin semble s’ouvrir lorsqu’Amara Traoré, vétéran respecté, propose de céder sa place au jeune Niang pour intégrer le staff. Metsu hésite, séduit par l’idée. Mais le vestiaire gronde : selon Niang, certains cadres refusent. « Si Mamad’ prend la place d’Amara, nous, on n’ira pas », auraient lancé Diouf, Fadiga et Cissé. Metsu cède, Traoré reste, et Niang est écarté.
Des années plus tard, le joueur confie son amertume : « J’ai été très déçu. Ce jour-là, j’ai compris beaucoup de choses. »
La rumeur des « blessures diplomatiques »
Cette version, jugée trop édulcorée par certains, a fait naître une contre-lecture. Sur les réseaux sociaux, notamment X (ex-Twitter), plusieurs voix rappellent un autre aspect : Niang aurait, à ses débuts, manqué des rendez-vous internationaux en prétextant des blessures. « Il a oublié de dire qu’il avait refusé de jouer les qualifications », commente @DjibreelDiallo.
Les faits contredisent en partie cette accusation. Pour la campagne 2000-2001, Niang n’était pas sélectionné, encore trop jeune pour intégrer le groupe construit autour de la CAN 2000. Mais plus tard, la réputation de « blessure diplomatique » a collé à sa carrière. En 2005, alors star de l’OM, il admet avoir simulé une blessure avec Souleymane Diawara pour éviter un amical et s’offrir des vacances à Miami. La sanction fut sévère : exclusion de la sélection et rappel à l’ordre de Pape Diouf. En 2006, sa non-participation à la CAN pour cause de « fatigue » relance le soupçon.
Solidarité contre talent
Au fond, l’affaire Niang en 2002 n’est pas tant une histoire de trahison que de logique de groupe. Les cadres, forgés dans la douleur des qualifications et de la CAN 2002 (finale perdue contre le Cameroun), refusaient l’idée d’intégrer un joueur « sans galons » au détriment d’un ancien comme Traoré. Dans cette équipe où la cohésion faisait la force, protéger un vétéran passait avant miser sur un talent brut.
L’héritage de Niang
La suite de sa carrière balaiera partiellement les frustrations : buteur prolifique à l’OM (champion de France 2010), capitaine des Lions en 2010-2012, auteur d’un triplé mémorable contre la RDC en qualifications pour la CAN 2012. Mais ce Mondial 2002 manqué reste une cicatrice. « Fallait vraiment être là », répètent encore certains supporters.
Aujourd’hui, Niang, 45 ans, est ambassadeur de la FSF et consultant. Le Sénégal, champion d’Afrique 2021 et quart de finaliste en 2022, continue d’avancer, mais l’épopée de 2002 demeure un mythe… avec ses zones d’ombre. Et une question qui restera sans réponse : qu’aurait changé la présence de Niang dans cette histoire ?
