Sacré champion d’Afrique au terme d’une finale électrique face au Maroc (1-0 après prolongations), le Sénégal se retrouve pourtant au cœur d’une tempête médiatique et institutionnelle. Les incidents survenus en fin de rencontre, marqués par le retrait temporaire des Lions de la Teranga après un penalty accordé au Maroc, ont suscité de vives réactions. Dans ce contexte tendu, une voix respectée du football africain s’est élevée pour défendre le Sénégal : celle de Claude Le Roy.
Présent au stade Prince Moulay Abdallah de Rabat, l’ancien sélectionneur emblématique des Lions de la Teranga n’a pas hésité à prendre publiquement position. Refusant toute condamnation expéditive, le technicien français a rappelé que le football reste avant tout une affaire d’hommes, d’émotions et de pression extrême, particulièrement lors d’une finale continentale.
Une finale sous haute tension
Après 90 minutes d’un football intense, engagé et globalement maîtrisé, la rencontre a basculé dans l’irréel durant le temps additionnel. Un but sénégalais refusé pour une faute jugée imaginaire, puis un penalty accordé au Maroc, ont fait monter la tension à son paroxysme. Dans la confusion, des supporters ont tenté d’envahir la pelouse tandis que les joueurs sénégalais, sous l’impulsion de leur sélectionneur Pape Thiaw, ont regagné les vestiaires pour protester.
Si cette décision a été largement critiquée, Claude Le Roy appelle à la nuance. « Je n’aime pas porter des jugements de valeur », a-t-il expliqué, soulignant que même les plus grands entraîneurs peuvent connaître des moments d’égarement dans des contextes aussi extrêmes. Pour lui, l’erreur ne peut être dissociée de la charge émotionnelle d’une finale de Coupe d’Afrique des Nations.
Le Roy plaide pour l’humanité du football
Selon le “Sorcier blanc”, cette finale a échappé à toute rationalité. « Une finale se joue sur l’émotion, sur des vibrations personnelles. Il n’y avait plus rien de rationnel, mais c’est aussi cela le football », a-t-il déclaré. Sans excuser les débordements, il insiste sur la nécessité de comprendre plutôt que de condamner, rappelant que Pape Thiaw a reconnu son erreur et s’en est publiquement excusé.
Claude Le Roy estime également que la réaction du Sénégal ne doit pas occulter l’essentiel : la victoire finale et la performance sportive exceptionnelle des Lions, qui ont su revenir sur le terrain, faire preuve de caractère et s’imposer grâce à un but décisif de Pape Gueye après un penalty manqué par le Maroc.
Un discours plus large sur l’avenir du football africain
Au-delà du simple cadre sportif, Claude Le Roy a élargi le débat en dénonçant les dérives politiques et économiques qui gangrènent le football mondial. Dans une prise de parole forte, il s’est interrogé sur la place et le respect accordés à l’Afrique, allant jusqu’à évoquer l’idée d’un boycott de la Coupe du monde 2026.
Pour lui, le football africain ne peut continuer à être marginalisé ou moralisé sans considération pour ses réalités. Il critique ouvertement une gouvernance mondiale plus préoccupée par les intérêts financiers que par l’équité, la dignité et l’essence même du jeu.
Le Sénégal, champion mais sous pression
Malgré son sacre continental, le Sénégal fait aujourd’hui face à des menaces de sanctions et à une pression médiatique intense. Claude Le Roy refuse cette stigmatisation et rappelle que l’histoire retiendra avant tout le titre, la résilience et la force mentale d’un groupe qui a su rester uni dans l’adversité.
Pour beaucoup d’observateurs, cette sortie de Claude Le Roy résonne comme un appel à la lucidité, au respect et à une réflexion plus profonde sur la manière dont le football africain est jugé et gouverné. Car au-delà des polémiques, le Sénégal reste champion d’Afrique, et personne ne pourra l’effacer.
